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ils se dechirent naturellement; tous leurs talens leur font ombrage,, ils craignent que les leurs n'en soient obscurcis; mais leurs guerres continuelles, en les rendent méprisables aux yeux des gens sensés, servent au moins de contre-poison à leur doctrine.

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Jean le Hond d'Alembert, bestendiger Sekretår der frans difchen Akademie, und Mitglied der Akademie der Wissenschafs ten, geb. zu Paris 17170 geft. dafelbft 1788. Er war mit Diderot der vornehmste Herausgeber des Dictionaire Encyclopedique, und hat sich ausserdem durch seine aus fünf Bånden bestehende Melanges de Literature, d'Histoire et de Philosophie, am meisten berühmt gemacht. Unftreitig befaß er großen Scharffinn, und ein ausges zeichnetes Talent zur Untersuchung und tieffinnigen Erdrterung metaphyfiicher und mathematischer Wahrheiten, verbunden mit der Gabe eines blühenden und interessanten Vortrages, obgleich fein Hang zur Paradoxie, und seine Eingenommenheit mider manche gur Beruhigung des Forschers richtige Wahrheiten áberall hervorscheint. Auch leiden feine gewiß zu ftrengen und oft einseis tigen Grundfåge åber Poesie und Beredsamkeit manche Einschräns kung und nähere Bestimmung. Seine Uebersesungen einiger Stela len des Tacitus werden, ungeachtet des exangels an Genauigkeit und Ereue, inner doch ihren eigenthümlichen Werth behaupten. In jener vermischten Sammlung ift besonders der Esai sur les Gens de Lettres ein Mufter von feiner und scharffinniger Erörtes rung, von freier und edler Denkungsart, und von angiehendem philosophischen Vortrage. Durch gleiche Vorzüge empfiehlt sich auch der im vierten Bande befindliche Esai für les Elémens de Philofophie, ou sur les Principes des Connoissances Humaines, wovon folgendes Stůd den eilften Abschnitt ausmacht.

MORALE DU CITOYEN.

La

Morale du Citoyen vient iminédiatement après celle des Etats. Elle fe reduit à être fidele Observateur

des

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des Loix Civiles de la Patrie, et à se rendre le plus utile å ses concitoyens qu'il est pollible.

Tout citoyen est redevable à fa Patrie de trois choses, de la vie, de ses talens et de la maniere de les employer.

Les Loix de la société obligent ses membres de se conserver pour elle, et par conséquent leur défendent de disposer d'une vie qui appartient aux autres hommes presqu'autant qu'à eux.

Voilà le principe que la Morale purement humaine nous offre contre le Suicide. On demande si ce motif de conserver ses jours aura un pouvoir suffisant sur un malheureux accablé d'infortune, à qui la douleur et la misere ont rendu la vie à charge? Nous repondons qu'alors ce motif doit être fortifié par d'autres plus puissans, que la Révelation y ajoute. Aulli les seuls peuples chez lesquels le suicide ait été généralement flétri, sont ceux qui ont eu le bonheur d'embrasser le Christianisme. Chez les autres il est indistinctement permis, ou Pétri seulement dans certains cas. Les Législateurs purement humains ont pensé qu'il étoit inutile d'infliger des peines à une action dont la nature nous éloigne allez d'elle même, et que ces peines d'ailleurs étoient en purè perte, puisque le coupable est celui à qui elles se font sentir le moins. Ils ont regardé le suicide, tantôt comme une action de pure démence, commeune maladie qu'il seroit injuste de punir, parce qu'elle suppose l'ame du coupable dans un état, où il ne peut plus être utile à la Société; tantôt comme une action de courage, qui humainement parlant suppose une ame ferme et peu commune. Tel a été le suicide de Caton d'Utique. Plusieurs écri. vains ont très injustement accusé cette action de foi. blesse; ce n'étoit pas la qu'il falloit l'attaquer. Caton, disent-ils, fût un lâche de se donner la mort, il n'eut

pas

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pas la force de furvivre à la ruine de la Patrie. Ces Ecrivains pourroient soutenir par les mêmes principes, que c'est une action de làcheté que de ne pas tourner le dos à l'ennesni dans un combat, parce qu'on n'a pas le courage de supporter l'ignominie, que cette fuite entraîne; De deux maux que Caton avoit devant les yeux, la mort on la liberté anéantie, il choisit sans doute celui qui lui parut le moindre; mais le courage ne confiste pas à choisir le plus grand de deux maux; ce

choix est aussi impossible que de desirer fon malheur. - Le courage confiftoit, dans la circonstance où se trou

voit Caton, à "regarder comine le moindre de deux maux qu'il avoit à choisir, celui que la plupart des hommes auroient regardé coinme le plus grand. Si les lumieres de la Religion dont il étoit malheureusement privé, lui eulent fait voir des peines éternelles attachées au suicide, il eût alors choisi de vivre, et de subir, par obeillance à l'Etre suprême, le joug de la tyrannie.

Mais quand une raison purement humaine pour. roit excuse en certaines circonstances le suicide proprement dit que le Christianisme condamne, cette même raison n'en profcrit pas moins en toute occafion le suicide lent' de foi-même, qui ne peut jamais avoir ni motif ni prétexte. De ce principe resulte une vérité que la Philofophie enseigne, et que la Religion bien entendne confirme, c'est que les macérations in. discrettes qui tendent à abréger les jours, sont une faute contre la Societé, fans être un hommage à la Religion. S'il y a quelques exceptions à cette regle, la Raison et le Christianiốne nous apprennent qu'elles sont très-rares. L'Etre Suprême, par des motifs que nous devons adorer fans les connoître, 'peut choisir parmi les êtres créés quelques victimes qui s'immolent à fon service, mais il ne prétend pas que tous les hommes soient ses Deisp. Sammh. 8. Bd. 1. Abth.

A a

victi.

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victimes. Il a pu se consacrer une Thebaide dans un coin de la terre; mais il seroit contre ses Loix et ses desseins que l'Univers devint une Thébaide. Ces reflexions suffisent pour faire sentir sous quel point de vue le suicide doit être proscrit par la Morale.

Non seuleinent le citoyen est redevable de la vie à la Société humaine; il est encore redevable de ses ta. lens à la Societé que le fort lui a donnée, ou qu'il s'est choisie; car dans les Gouvernemens qui ne sont pas absolument tyranniques, , chaque membre de l'Etat, des qu'il trouve la condition trop onereuse, est libre de renonces à la Patrie pour en chercher une nouvelle. L' attachement i naturel et fi général des hommes pour leur Pays, est fondé ou sur le bonheur qu'ils y goûtent, ou sur l'incertitude de se trouver mieux ailleurs.. Faites connoitre aux Peuples d'Alie nos Gouvernemens modérés d'Europe, les Despotes de l'Asię seront bientot abandonnés de leurs sujets; faites connoitre à chaque citoyen de l'Europe le Gouvernement sous lequel il se trouvera le plus libre et le plus heureux, eu égard à ses talens, à ses inoeurs, à son caractere, à la fortune; il n'y aura plus de Patrie, chacun choisira la sienne. . Mais la nature a prévenu ce désordre, , en faisant craindre, mêrne à la plupart des citoyens malhe: reux, de rendre par le changement leur situation plus fàcheuse.

Puisque tout citoyen, tant qu'il reste dans le sein de la Patrie, lui doit l'usage de ses talens, il doit les employer pour elle de la maniere la plus utile. Cette maxime peut servir à résoudre la question fi agitée dans ces derniers tems, jusqu'à quel point un citoyen peut se livrer à l'étude des Sciences et des Arts, et fi cette étude n'est pas plusnuisible qu'avantageuse aux Etats ? Question qui a rapport à la Morale Législative et à celle du Citoyen, et qui peut lsen mériter à ce double titre de trouver sa

place

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place dans les élémens de Morale. Sans prétendre ici la traiter à fond, il ne sera peut-être pas inutile d'exposer en peu de mots de quel côté la Morale doit lenvisager, et d'indiquer les moyens de la résoudre en la décomposant.

Si on réduit l'homme aux connoissances de nécelfité absolue, son cours d'étudle ne sera pas long. La nature lui fait connoitre ses besoins, et lui offre

par

ses différentes productions le moyen de les satisfaire. Cette inéme nature, paisiblement écoutée, lui apprend les devoirs rigoureux envers les autres. En voilà allez pour former une Société de Sauvages. On pourroit demander quels avantages réels un Etat policé peut avoir fur une Société pareille. Cette question se réduit à décider, li l'éducation qui augmente tout à la fois nos connoissances et nos besoins, nous est plus avantageuse que nuisible; s'il nous est plus utile de multiplier nos plaisirs factices, et par conséquent de nous préparer des privations, que de nous borner aux plaisirs simples et toujours sûrs que la nature nous offre.' Notre but en proposant ces questions, n'est point de faire regretter å personne l'état de Sauvage; la veritè force seulement à dire, qu'en mettant à part la connoillance de la Reli) gion, il ne paroît pas qu'on ait rendu beaucoup plus heureux le petit nombre de Sauvages qu'on a force de vivre parmi les Peuples policés. Mais le même amour de la vérité oblige d'ajouter en même tems, que les regrets de ces Sauvages sur leur premier état, ne prou. veroient rien pour la préférence qu'on devroit lui accorder. Ces regrets seroient seulement une fuite de l'habitude, et de l'attachement naturel des hommes à la maniere de vivre qu'ils ont contractée dès l'enfance. Il s'agit donc uniquement de savoir si un citoyen, né et élevé parni des peuples polices, y est plus ou moins heureux qu?an Sauvage né et élevé parmi les pareils.

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