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SUR

L'HISTOIRE LITTÉRAIRE

DU MOYEN AGE,

PAR

J. P. CHARPENTIER (DE ST.-Prest),

PROFESSEUR DE RHÉTORIQUE
AU COLLÉGE ROYAL DE SAINT-LOUIS.

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Les siècles ont leur fatalité. Souvent ils sont moins appréciés par leurs efforts que par leurs résultats. Si la fortune leur manque, malgré leurs travaux et leurs mérites, ils demeurent obscurs. Soit injustice, soit nécessité de notre nature, qui, dans sa courte durée, ne peut tenir compte que des succès, l'histoire ne consacre que certaines époques; dans le labeur de la pensée, dans les découvertes de la science, la gloire, bien souvent, échappe à l'inventeur. Il en est des siècles intermédiaires dans les progrès de l'intelligence humaine, comme des époques de transitions morales et politiques : ils disparaissent et s'effacent dans les siècles qui les suivent et qu'ils ont enfantés. Le temps des réparations est venu. L'histoire, qui, mieux inspirée, a, depuis quelques années, recueilli avec un religieux patriotisme, et fait revivre les sacrifices obscurs et généreux qui, aux treizième et quatorzième siècles, ont reconquis les libertés municipales, envahies et détruites par la féodalité; l'histoire doit aussi son intérêt et ses veilles à ces luttes non moins pénibles, non moins hardies, qui, dans des siècles d'ignorance et de malheurs, ont maintenu la dignité de la pensée, et répandu ces lumières qui plus tard ont lui sur nos têtes.

Si donc il était une époque qui, long-temps négligée, laissât encore, malgré les travaux dont, en ces derniers temps, elle a été le texte, des faces non observées, des aspects inconnus, des monumens précieux à mettre en lumière, une telle époque exciterait sans doute nos sympathies; or, tel est le moyen âge.

Ce ne sont pas là, toutefois, ses seuls titres à notre intérêt. Il nous touche de plus près et par plus de points. Tous tant que nous

venons

sommes, peuples modernes,

nous du moyen âge. Là, sont les racines de notre langage, de notre droit, de nos institutions, de nos moeurs, de nos croyances. L'étudier, c'est donc nous occuper de nous-mêmes, et contempler notre pensée, nos opinions d'aujourd'hui, dans leurs premiers développemens et sous leur forme native. Aussi le moyen âge est-il devenu l'intérêt et l'étude, j'ai presque dit la mode de nos jours. La gravure, le dessin, tous les arts, tous les objets de luxe et même d'utilité domestique, l'imitent ou le contrefont.

D'où vient ce mouvement de la pensée, cette sympathie de l'imagination, pour une époque si long-temps abandonnée? Ce retour vers le moyen âge est-il le caprice d'un moment? une étude sans motif et sans but, sans autre attrait qu'une curiosité impatiente, qui s'en va fouillant les obscurités des temps passés, reconstruisant à plaisir, et souvent sur des bases fausses, un monument dégradé, mais dont les ruines mêmes nous étonnent et nous accablent? Non : à cette passion si vive et si profonde il y a une autre cause, et plus puissante. Le

moyen âge, c'est nous. Nous, avec nos opinions inquiètes, notre société ébranlée,

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