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ses; à proprement parler, ils ne nous ont donné que des imitations plus ou moins exactes. Des préjugés littéraires et nationaux les ont empêchés d'étudier soigneusement ces auteurs, dont ils ont ainsi méconnu la pensée et l'esprit. Une connaissance imparfaite de la langue anglaise, la facilité d'imiter plutôt que de traduire, l'appui des camaraderies littéraires, ont enfin donné naissance à des traductions peu dignes de ce nom , qui nous offrent le génie d'un auteur comme une décoration théâtrale nous représente la nature vivante. C'est cet écueil que nous avons cherché à éviter en associant à notre entreprise des hommes dont les travaux tiennent un rang distingué parmi les illustrations modernes. Le public a été si souvent trompé par les brillants patronages dont s'entourent tant de faiseurs de prospectus, que sa méfiance ne saurait maintenant aller trop loin. Aussi , loin de suivre une telle marche, ce

pas

de grands noms que nous avons voulu emprunter, mais bien leur collaboration réelle, comme on pourra le voir dans le tableau placé en tête de ce volume, et par le titre des ouvrages respectifs dont la plupart d'entre eux se sont chargés.

ne sont

Cette publication a pour but spécial, non-seulement de traduire fidèlement les auteurs anglais déjà connus, mais aussi d'en faire connaître d'autres, inconnus jusqu'à ce jour en France. On a eu le plus grand soin de ne confier ces travaux qu'à des hommes qui ont fait de l'auteur qu'ils traduisent une étude spéciale. Les traductions des auteurs contemporains seront faites par les amis de ces derniers, qui se sont engagés à leur communiquer les changements et les corrections qu'ils jugeront convenables. Forts de l'appui de plus de deux mille souscripteurs et du concours actif de près de cent collaborateurs, parmi lesquels se trouvent la plupart des membres de l'Académie française, et plusieurs membres des autres classes de l'Institut , des inspecteurs généraux de l'Université, plusieurs Pairs de France et membres de la chambre des Députés, des professeurs du college de France, de la faculté des lettres, des écoles Polytechnique et Normale, de tous les colléges royaux, en un mot, des écrivains les plus estimés, nous n'avons rien négligé pour élever aux deux premières nations du monde ce monument littéraire, un des plus beaux et des plus utiles du 19e siècle.

On n'a pas cru devoir comprendre dans cette collection les ouvrages que des préjugés populaires ou dessouvenirs d'enfance rendent si chers aux Anglais ; ces ouvrages, n'étant d'ailleurs d'aucun intérêt général, sont par conséquent dépouillés de tout attrait pour les étrangers. Nous devons ajouter que les ouvres de chaque auteur seront précédées d'une biographie très-étendue et d'une analyse raisonnée de ses écrits, avec les passages les plus saillants de ceux qui ne sont pas de nature à être insérés intégralement.

Combien de fois n'a-t-on pas déploré cet abus de traduire des morceaux passionnés ou licencieux qui privent la jeunesse de la lecture des plus belles productions littéraires dont elles font quelquefois partie. Loin de suivre une telle marche, la Bibliothèque Anglo-Française ne contiendra pas une seule expression qui puisse alarmer la pudeur. Ces suppressions, peu nombreuses ne porteront que sur des phrases isolées, véritables concessions faites à leur siècle, comme Molière fut obligé de sacrifier au sien ; le plus souvent elles ne tomberont que sur un très-petit nombre de mots, sans diminuer l'intérêt des ouvrages que ces licences déparent.

Deux volumes de mélanges littéraires, contenant des traductions libres et des imitations en vers français des plus beaux morceaux de la poésie anglaise, permettront d'entourer cette publication de personnes qui, bien que ne s'occupant pas spécialement de littérature anglaise, n'en sont pas moins comptées parmi les illustrations littéraires de l'époque. Ainsi , presque aucune célébrité ne restera étrangère à cette belle entreprise.

Une histoire complète de la littérature anglaise , depuis son origine jusqu'à nos jours, servira de complément à la Bibliothèque Anglo-Française. Cette histoire, à la composition de laquelle nous avons consacré une grande partie de notre vie, fera connaître, en même temps, les vieux poètes anglais et les prosateurs, surtout les orateurs et les hommes d'état, qui n'ont pu être compris dans cette collection'.

Lorsque l'Europe continentale, par suite de la décadence de l'empire romain et de l'envahissement des barbares du nord, fut plongée dans l'ignorance la plus

· Les premiers , nous avons publié, en 1830, dans nos Elegant Extracts , ou Leçons de Littérature anglaise (2 très-gros vol. de plus de 1600 p. , ouvrage adopté par l'Université), des Notices biographiques et critiques sur plus de 200 auteurs anglais anciens et inodernes.

profonde, l'Irlande resta le seul foyer des lettres, où, depuis le troisième jusqu'au neuvième siècle de l'ère chrétienne, la jeunesse saxonne, ainsi qu'une partie de celle des peuples voisins, allaient participer aux bienfaits de l'instruction. Les invasions successives des Danois et des Anglais, en décimant cette île et en détruisant la plupart des monuments de son histoire, ont en quelque sorte contribué à faire oublier une des plus belles littératures anciennes. Après des siècles de persécution, on est enfin parvenu à recueillir de vieux manuscrits abandonnés ou cachés, les uns dans l'ile même, les autres dans les pays où les poètes et les bardes se réfugiaient pour se soustraire à la fureur de leurs oppresseurs. C'est dans ces fragments précieux, aussi brillants de poésie que d'éloquence, que Macpherson a puisé un nombre considérable de légendes, pour son Pseudo-Poème d'Ossian. Ces fragments, augmentés de compositions plus modernes, écrites dans cette même langue jadis proscrite, et maintenant presque ignorée du monde savant, formeront le sujet d'un Essai, destiné à revendiquer pour l'Irlande le rang distingué qu'elle doit occuper dans les fastes de la littérature, et à sauver du néant ces monuments irrécusables de son antique splendeur.

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LA VIE ET LA MORT

DU ROI

RICHARD III.

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