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AVERTISSEMENT.

Dans un siècle qui marche si rapidement vers l'émancipation intellectuelle des peuples, et dont les innombrables productions tendent en général à propager, dans toutes les classes de la société, les connaissances les plus variées et les plus utiles aux divers besoins de la vie, les illustrations scientifiques et tittéraires ne sauraient rester étrangères à cette impulsion générale donnée à l'instruction des nations. Travaillant à la fois pour leur siècle et pour la posterité, c'est à elles qu'est réservée la noble mission de ne mettre au jour que des ouvrages

sanctionnés

par le bon goût et la raison, sans céder aux caprices de la mode, ni se laisser séduire par quelques productions éphémères plus propres à contribuer à la décadence de la littérature qu'à ses progrès.

De toutes les améliorations réclamées par ces mêmes progrès des sciences et des lettres, il n'en est pas , peut-être, de plus grandes, nous dirons même de plus importantes, que celles qui ont pour but de rendre faa

miliers à tous les peuples les auteurs célèbres de tous les pays. A ce titre, ne devons-nous pas nous empresser de faire connaître ceux de l'Angleterre, qui fut le berceau de la civilisation moderne dans les deux mondes, et dont l'histoire se trouve si intimement liée à celle de la France par ses découvertes et ses relations scientifiques, littéraires et industrielles ! Après plusieurs siècles de luttes guerrières, l'Angleterre et la France, marchant à la tête de l'Europe savante, ont enfin secoué le joug des préjugés populaires d'une vieille rivalité, pour y faire succéder une estime réciproque et un nouveau genre d'émulation tendant à se disputer le glorieux privilégede répandre en tous lieux les bienfaits de la civilisation.

L'expérience comme nous l'avons déjà dit ailleurs, a démontré que l'étude des langues étrangères influe puissamment sur les progrès des connaissances humaines; en effet, c'est par leur utile secours que s'établissent les relations entre les peuples, que nous apprécions leurs poètes , le mérite de leurs auteurs et de tous les grands hommes qui ont contribué à étendre la sphère de nos connaissances, que nous étudions leur législation et leurs moeurs ; enfin, c'est par cette même étude que l'histoire des nations passe d'âge en âge jusqu'à la postérité la plus reculée.

Sous ces divers points de vue, l'étude de la langue ct de la littérature anglaises est devenue maintenant le complément d'une bonne éducation. C'est ce qui a fait sentir la nécessité d'en introduire l'enseignement dans les colléges royaux. Les vaisseaux anglais couvrent toutes les mers ; l'empire britannique comprend plus de la septième partie de la population du globe. Sur cent cinquante millions d'habitants, la sixième

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partie parle habituellement anglais, et, parmi le reste de cette immense population, un grand nombre commence à l'apprendre. Enfin, partout où se trouvent des comptoirs anglais, les écoles de Lancaster propagent cette langue dans toutes les classes de la société, avec une rapidité presque magique. Il y a quarante ans que les anciennes colonies anglaises se sont séparées de la métropole ; ces trois millions d'hommes ont plus que quadruplé. Luttant, depuis cette époque, en industrie, en commerce, avec l'ancienne mèrepatrie, les Américains commencent aussi à lutter avec elle en littérature , et les ouvrages de WASHINGTON IRVING et de FENIMORE COOPER ne sont pas déplacés à côté des pages immortelles d'Addison et de l'illustre romancier écossais, dont la république des lettres déplore encore la perte : en un mot, dans quelque coin du globe que l'on porte ses pas, on est sûr d'y trouver des Anglais. Étudier donc les auteurs d'une langue qui s'annonce comme pouvant être un jour celle des voyageurs et du commerce de tous les peuples, c'est se préparer de nouvelles jouissances et se créer de nouveaux éléments de fortune. Mais, pour bien connaître une langue, pour en apprécier les beautés, il ne suffit pas d'accumuler dans sa mémoire un grand nombre de mots; il faut étudier, dans les meilleurs ouvrages, le génie qui lui est propre. Les bonnes traductions, placées en regard du texte, facilitent beaucoup cette étude et servent à éclaircir et à développer la pensée de l'auteur, lorsqu'elle est entourée de quelque obscurité ou qu'elle exige un trop long commentaire; car, les langues sont aussi sujettes à la mode; elles ont leurs locutions nouvelles et leurs locutions qui furent propres à d'autres temps. Ainsi, en France, la langue d'Amyot, de Marot, et de Michel Montaigne, n'est plus celle de Châteaubriand, de Villemain, de Guizot, de Charles Nodier, etc. ; en Angleterre, celle de Chaucer, de Gower et de Spenser, n'est plus celle de lord Byron, de Walter Scott et de Moore.

A ces considérations d'utilité générale viennent se joindre d'autres considérations d'un ordre plus élevé, qui n'échapperont pas aux écrivains consciencieux, à tous ceux qui ont à coeur de voir la bonne littérature conserver sa prépondérance sur cette foule de productions, inférieures par le style et par la conception, qui caractérisent l'époque actuelle, et qui ne sont propres, en général, qu'à corrompre le goût. Notre pensée s'est élevée plus haut ; aussi nous n'avons reculé devant aucun sacrifice pour puiser aux bonnes sources, afin de reproduire plus fidèlement ces grands modèles qui, dans tous les lieux comme dans tous les temps, ont fait l'admiration de leurs contemporains et de la postérité. Nous avons cherché à réconcilier, pour ainsi dire, notre siècle avec ces grands génies dont s'honore la Grande-Bretagne, génies qu'on ne néglige et que l'on ne critique souvent que faute de les bien connaître et de pouvoir les apprécier.

Les immenses ressources qu'offre la langue anglaise à la poésie, ses richesses littéraires et ses divers chefsd'æuvre, ont puissamment contribué à placer la poésie de cette nation au rang élevé que les écrivains de tous les peuples lui ont assigné. Enfin les nombreuses illustrations poétiques anglaises de l'époque ont acquis trop de célébrité pour qu'il soit nécessaire d'en reproduire ici l'éloge.

Les écrivains les plus profonds et les plus spirituels ont généralement échoué dans les traductions anglai

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